SURVIVRAS-TU AVEC MOI
Toi mon Frère, l’inconnu, qui poses tes yeux
Sur ces écrits noirs aussi verts que bleus,
Toi qui ne me connais pas mais qui m’aimes
Parce que tu cherches comme moi le Bien suprême,
Ta passion a toute ma bénédiction
Tant que mes lignes ne font de religion,
Ni quelque forme de doctrine que ce soit
Qui t’écraserait de tout son lourd poids ;
Toi, l’autre, qui voit dans mes lignes un combat,
Le combat vers lequel te mènent tes pas,
Celui pour lequel tu ne dors la nuit,
Celui sans lequel tu sombres dans l’ennui,
La mélancolie et la grande tristesse,
Le combat contre les voix de mon espèces,
Te voici servi, et copieusement !
Alors garde des bouchées pour tes enfants !
Et toi qui de mes pages arraches les feuilles
Pour me confectionner un beau linceul,
Assure-toi qu’il est taillé sur mesure
Et qu’il est bantou de part la couture,
Sinon tu me verras plutôt déçu
De voir ton corps se le faire mettre dessus ;
Quoi qu’il arrive ma survie est certaine,
Bien grâce à ton travail de longue halène !
QUELLE BELLE FIERTE !!!
Quelle belle fierté d’aujourd’hui que voici,
Ce flambeau nouveau que ma terre brandit,
Cette chose étrange qu’aucune vie ne m’explique :
Deux lions qui miaulent dans la savane d’Afrique !
Quelle belle fierté là que l’on me présente,
Sur un vieux mur une peinture indécente,
Au lieu d’une génisse berçant l’horizon,
Deux génisses se susurrant l’oraison !
Quelle belle fierté cet élan d’amour beau,
Ces deux bras robustes autour d’un berceau,
Ces deux seins vides qui partagent un couffin,
Au cœur et à la faveur du matin !
Quelle belle fierté le monde de nos parents
Qui se moque de toutes les valeurs d’antan,
Puisqu’il faut de tout faire une histoire…
Qu’elle est belle cette fierté en ce doux soir !
QUE FAUT-IL ?
Faut-il que je marche pieds nus
Pour qu’on comprenne ma souffrance ?
Faut-il que j’aie les cheveux crépus
Pour qu’on m’apporte une paille d’aisance ?
Faut-il que je pleure jour et nuit
Pour qu’on me délivre de mes chaînes ?
Faut-il que je blesse autrui
Pour qu’on m’éloigne de la haine ?
Faut-il que j’aie la peau sur les os
Pour qu’on me comble la main ?
Faut-il que les créances me brisent le dos
Pour qu’on pense à mon lendemain ?
Faut-il que la honte m’engloutisse
Pour qu’on me donne un peu de soleil ?
Faut-il que ma jeunesse s’évanouisse
Pour qu’on m’offre une chandelle ?
QUAND JE FERME LES YEUX
Quand je ferme les yeux, je vois une mer bleue,
Je vois petits et gros poissons heureux,
La blancheur du sable ne craint pas les eaux
Qui jour et nuit prennent la belle plage d’assaut,
Encore plus pures et douces comme seules savent l’être
Les eaux sans l’once d’une marée des ténèbres,
Noires comme le cœur des âmes qui teignent les flots
Avec cette bave qui empoisonne nos eaux !
Quand je ferme les yeux, je vois ma forêt,
Aussi verte que l’espoir d’un monde parfait,
Et encore plus dense que par le passé,
Donnant cet air pur qui s’est raréfié,
Je ressens sur la peau sa douce fraîcheur
Même quand les scies sévissent avec fureur,
Je vois la faune grasse, forte et surtout saine,
Malgré la poudre qui s’étend sur la plaine !
Quand je ferme les yeux, je vois un ciel bleu,
Des oiseaux qui ne redoutent pas le feu,
Je les vois voler parmi les moutons,
Ces oiseaux d’acier, ces immenses maisons…
Et je vois les autres, colombes ordinaires
Se laisser aller là-haut dans les airs
Sous la coupole d’ozone protectrice,
Sans l’assaut d’une seule fumée destructrice !
Quand je ferme les yeux, je vois les enfants
Courant et semant le joie à tout vent,
Dessinant des arcs-en-ciel dans les rues
Quand les armes et les ruines ont disparu,
Je vois des cœurs sans remords et sans peur,
Je vois la sépulture de la rancœur…
Mais quand j’ouvre les yeux, je vois le chaos,
Alors là je les referme aussitôt !
PERE, ACCEPTE TOUT HOMME
Seigneur, toi qui as créé l’univers,
Toi qui as envoyé l’homme sur la Terre,
Ouvre-lui les portes de ton Royaume
Où il vivra en paix avec les autres hommes,
Ne le rejette pas car il est ton fils
Qu’il soit cœur bon ou terroriste,
Qu’il t’appelle Dieu ou Allah,
Bouddha ou alors Jéhovah…
Quelle que soit sa religion,
Reçois-le dans ta Grande Nation !
Son cœur est faible comme sa chair,
Dès la création il t’a désobéi Père,
Ses fautes se multiplient avec les âges,
Il est coupables dès son plus âge,
Coupable d’appartenir à la race humaine,
Elle qui naît avec le vice dans les veines !
L’homme a été créé imparfait,
Alors pardonne-lui le mal qu’il se fait,
Il est Aveugle et Sourd,
Il ne comprendra jamais l’Amour,
Jamais s’il ne te rencontre pas
Toi le Père, Toi la Foi.
LE PRISONNIER DU TEMPS
Le temps, dans une boîte je l’ai enfermé,
Contraint tel un lion en cage à tourner ;
Et voilà j’ai réveillé sa colère,
Son glacial tic tac terrorise ma chair…
Quand dans le bon plaisir je suis plongé,
Je le prie de bien vouloir s’arrêter,
De partager veau et vin avec moi,
De s’enivrer de bonheur et de joie ;
Mais il ne m’écoute pas ! Il ne m’entend même pas !
Il n’entend plus rien d’autre que ses propres pas !
Lents quand je me retrouve dans la souffrance,
Et court quand je suis entouré d’aisance.
Traître pour moi quand ami pour autrui,
Ami pour moi quand traître pour autrui ;
Toujours est-il que bon ami ou traître,
Il est un froid et inébranlable maître !
A cause de lui la peur s’empare de moi
Au moment où je prends conscience de moi ;
A la seconde même où je songe à vivre,
Je cesse d’être un oiseau, je cesse d’être libre !
Pourtant je devrais ignorer son être
Ou alors l’envoyer simplement paître ;
Mais comment puis-je rester indifférent ?
Comment donc puis-je rester indifférent ?
JE T’ATTENDRAI
Comme le désert attend la pluie
Je t’attendrai…
Comme une amoureuse perdue dans la nuit
Je t’attendrai…
Si ton univers est aussi désert
Je t’attendrai…
Si le désert est ton univers
Je t’attendrai…
Comme les fleurs attendent le Printemps
Je t’attendrai sagement
A ton univers je donnerai des couleurs
A ton cœur j’épargnerai la douleur
Cela peut prendre une éternité
Je t’attendrai…
Et pour l’éternité
Je t’aimerai…
Et pour cela ma Fierté
Je t’attendrai.
DANS LE BROUILLARD
Je cherche dans les faces grisâtres de tes masques
Le visage de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans les voix sourdes qui percent ces masques
La foret voix de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans les regards vides de ces masques
Les doux yeux de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans les lèvres figées de ces masques
Le sourire de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans les écorces froides de ces masques
La chaleur de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans les dédales noirs de ces maques
La conscience de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans les couleurs ternes de ces masques
L’éclat vif de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans les lignes des fronts de ces masques
Le passé de celui qui est mon Frère,
Je cherche dans l’air ironique de ces masques
La toute raison pour laquelle toi mon Frère
Tu caches ton visage derrière tant de masques,
Le condamnant au noir des cavernes Frère !
Ce que je cherche se trouve derrière tes masques
Seul toi peut m’aider à le trouver Frère,
Montre-moi ton visage, fais tomber ces masques
Afin que je puisse te savourer Frère.
AFRIQUE JE TE DEMANDE
Que peux-tu donc me dire mon Afrique
Après tous les combats que j’ai menés,
Après tous les maux que j’ai endurés,
Que peux-tu donc me dire mon Afrique ?
J’ai souffert quand tu as été ferrée,
Déracinée et humiliée là-bas !
Je suis mort à chacun de tes trépas
Pendant que ton livre était effeuillé !
Mais jamais le roseau ne s’est rompu,
Jamais il n’a cédé face aux vents noirs,
Déchu il n’a jamais perdu son pouvoir,
L’espoir est resté malgré son corps nu !
Et mes lourds genoux ont quitté la boue
Au moment où des mains de l’autre race,
Celles-là qui ne m’ont pas pris en chasse,
Voulaient que je puisse marcher debout !
Alors j’ai marché pour toi mon Afrique !
J’ai porté l’ébène comme un flambeau,
Même enfermé dans un obscur cachot,
Le tam-tam battait toujours sa musique !
Le village retrouvait un peu de vie,
Les barques blanches roulaient sur le fleuve,
Les fleurs s’enracinaient dans les terres neuves,
Le soleil revenait dans les esprits !
Mais à présent quelle honte es-tu ma mère !
Que fait cette boue là où était ton lit !
Où es l’or qui un jour avait souri !
Qu’as-tu donc fait des combats de mes pairs !
Que peux-tu donc me dire mon Afrique,
Après tous les combats que j’ai menés,
Après tous les maux que j’ai endurés ;
Que peux-tu donc me dire mon Afrique ?